Politique de e-formation

Synthèse : Le e-Learning dans l’éducation suisse

 

L’insertion des nouvelles technologies dans l’éducation a commencé en Suisse dans les années 80. Comme la Suisse est une fédération de cantons, elle n’a pas de ministère de l’Éducation Nationale et l’organisation du système éducatif y est, en conséquence, très décentralisée. Les décisions de ce pays quadrilingue (l’allemand, le français, l’italien, et le romanche) se répartissent entre la Confédération (SER¹ et OFFT¹), les cantons (CDIP¹), et les communes. Mais la mise en place des Technologies de l’Information, de la Communication et des médias au sein du système éducatif a crée une véritable coopération entre ces acteurs. L’intégration scolaire et culturelle des jeunes de langue étrangère constitue un enjeu permanent, car en Suisse, le nombre de jeunes provenant de cultures étrangères est relativement haut (environ 20%) et nécessite donc une attention particulière. Au cours des trente dernières années, le pays n’a cessé d’investir massivement au niveau matériel et humain et tente en permanence de faire face à l’évolution fulgurante du e-Learning et de la FOAD.

1. Aspects politiques

Le rapport «Informatique à l’école obligatoire :  Idées directrices et objectifs »est la première pierre posée en 1986 par la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). Toutefois, c’est dans les années 90, même si elle est menée dans des engagements variables selon les cantons, que l’intégration des Technologies de l’Information de la Communication pour l’Enseignement (TICE) à l’école va devenir prioritaire. L’ordinateur et la connexion internet s’intègrent d’abord dans les écoles secondaires I et II  (l’équivalent des collèges et lycées) et dès lors, divers acteurs apparaissent et de nombreux projets se succèdent.

Le Centre suisse des technologies de l’information dans l’enseignement(CTIE) lance en 1997 l’offensive «Apprendre sans frontières » et stimule les réflexions chez les responsables de formation quant à la place d’Internet au sein de l’éducation. L’année suivante, au niveau fédéral, la Suisse décrète le droit et l’accessibilité à tous d’être formé, la formation et la formation continue permanente à tous les degrés scolaires. En 2000, la CDIP adopte sa «Déclaration relative aux technologies de l’information et de la communication dans le domaine de l’éducation». Si la politique de formation est propre à chacun des 26 cantons, toutes reposent sur les mêmes bases : introduire les TICE dans les plans d’études, coordonner les différents degrés scolaires, former les enseignants de l’école obligatoire et du secondaire1 II, développer des logiciels et les contenus d’enseignement et d’apprentissage, favoriser un accès internet meilleur marché pour les écoles, développer des partenariats avec les producteurs de logiciels.

Pour assurer la mise en œuvre de tous ces projets, une Task Force nationale TICE et Formation est créée et se réunit deux à trois fois par an. De très nombreux acteurs y sont représentés: les représentants du secrétariat Général de la CDIP, les offices fédéraux concernés (l’OFFT¹, l’OFES¹, l’OFS¹, l’OFC¹) des associations d’enseignants (LCH¹, SER¹), de la fédération suisse des organisations d’ informatique FSI¹ainsi que le CTIE¹.

En 2002, l’initiative fédérale « Partenariat public-privé – L’école sur le net » va assurer un soutien financier extraordinaire à l’intégration des TICE¹ dans l’école obligatoire et au secondaire dans tout le pays. En plus de l’engagement considérable des cantons et de l’économie privée, la Confédération soutient l’initiative à hauteur de 100 millions de francs environ. Hélas, fin 2003, l’élan donné par « l’école sur le net » est brisé puisque le budget est revu aux deux tiers à la baisse et est ainsi ramené à 35 millions de francs. Toutefois, depuis fin 2006, l’entreprise Swisscom, qui appartient majoritairement (62%) à l’Etat, joue pleinement son rôle social et assure la gratuité d’une connexion Internet à large bande gratuite aux 5000 écoles du pays.

2. Aspects organisationnels et pédagogiques

2.1 Enseignement primaire et secondaire

En 2001, la confédération et les cantons créent Educa.ch, le serveur suisse de l’éducation. Ce dernier constitue une étape considérable puisqu’il s’agit de LA plateforme commune à tout le pays. Créée conjointement par la Confédération et les cantons, c’est une plateforme en cinq langues  permettant l’accès à toutes les informations et à toute la documentation sur l’ensemble du système de formation. Puis, Educanet² voit le jour, une plateforme interactive de communication, de collaboration et de formation. Les outils électroniques de communication et d’apprentissage servent de support aux formes d’apprentissage et d’enseignement coopératifs et favorisent le développement de compétences dans le domaine des médias (formation à distance, cybercommunauté).

La Suisse dispose depuis 2005 de centres cantonaux des TICE animés par des enseignants expérimentés en nouvelles technologies et des experts, qui mènent et coordonnent sur mandat de la Confédération et de la CDIP¹ la mise en œuvre des politiques d’intégration. Ils font partie de l’administration cantonale ou sont reliés à une haute école pédagogique. Ils doivent, toutefois, faire face aux besoins exponentiels avec des moyens financiers limités et une évolution technique incessante. La création d’un système de « formation des formateurs de formateurs » est l’une des tâches premières de ces centres cantonaux.

2.2 Enseignement supérieur

En 2000,le programme Campus Virtuel Suisse (CVS) qui concerne le degré supérieur, entend encourager l’utilisation des TICE dans l’enseignement des Hautes écoles. Jusqu’à fin 2003, la Conférence universitaire suisse (CUS¹) a été responsable de l’application des mesures, de la coordination des projets et de l’attribution des crédits. Depuis 2008, c’est SWITCH et sa plateforme Eduhub,qui a pris le relais du CVS¹, plateforme d’échanges et de réflexions pour la communauté e-Learning suisse. La fondation SWITCH a pour but « de créer les bases nécessaires à une utilisation efficace des méthodes modernes de la téléinformatique au service de l’enseignement et de la recherche en Suisse, d’encourager et d’offrir de telles méthodes, de participer à leur élaboration et d’en maintenir l’usage ». La Haute École Suisse de Suisse occidentale (HES –SO) dispose du Cyberlearn pour soutenir l’essor du e-Learning sur son campus, il propose déjà dix catégories de cours via Moodle. Le développement de ce campus et du E-Learning, en tant que modalité intégrée à l’enseignement, relève de l’entière responsabilité des hautes écoles et les coûts liés à son financement sont repris dans les budgets ordinaires des hautes écoles suisses.

Depuis 2005, l’Université de Genève est très active en matière de e-Learning. elle promeut la plateforme d’enseignement Dokeos qui, avec ses 14 000 utilisateurs, la place parmi les plus dynamiques au monde et Moodle (mieux adaptée aux enseignants ayant des besoins plus pointus). Certaines formations à distance ont connu un grand succès notamment la formation en « diplomatie environnementale ». En 2006, le Rectorat a lancé un appel à projets innovants en e-Learning: 14 ont pu être mis en place et ont eu un bilan positif. Toujours au niveau universitaire, Unidistance offre un éventail de filières universitaires de type Bachelor et Master qui correspondent au diplôme finalisant le premier et le deuxième cycle des études de l’enseignement supérieur, comme le prévoient les accords de Bologne dont l’objectif est d’harmoniser l’enseignement supérieur en Europe. Unidistance propose aussi des formations continues et des programmes scientifiques. Elle est membre de la Fédération Inter-universitaire à Distance (FIED¹) qui représente dans un réseau national et international les universités ayant développé de l’enseignement à distance et en ligne. Depuis Février 2012, la Suisse est aujourd’hui le seul pays au monde qui a réussi à mettre en place via le système single sign-on « Shibboleth » un réseau d’accès entre les universités du pays, cela permet à tout étudiant suisse d’avoir accès

Bien que ne faisant pas partie de l’Union Européenne, la Suisse participe à de nombreux projets éducatifs européens (Europeschool.net, i-Tec, e-twinning, Globe, etc), et elle est depuis longtemps active sur le plan international dans le domaine des TICE et formation notamment avec des programmes canadiens.

4. Bilan et propositions

Si educa.ch est la vitrine virtuelle du système éducatif en Suisse, elle semble encore assez hermétique aux enseignants et aux élèves qui l’utilisent peu. Les enquêtes au niveau européen pointent l’écart entre les recommandations officielles et la réalité : si les TICE font pleinement partie de la vie des étudiants qui s’en servent sans cesse pour s’amuser, pour communiquer ou faire leurs devoirs, l’intégration d’outils numériques en classe reste encore généralement faible.

En fait, en Suisse comme partout, on a davantage misé sur la formation aux outils que sur la création de scénarios pédagogiques. Or, les enseignants n’ont pas suffisamment de temps à consacrer à cette tâche car celle-ci devient alors démesuré par rapport au temps effectif d’utilisation avec les élèves. Dans un article du Monde, « Oser la pédagogie numérique!» M. Fourgous défend l’idée que le cours magistral n’est plus le mode idéal de transmission des savoirs et qu’il faut passer à la « pédagogie numérique » pour intéresser à nouveau les élèves à l’apprentissage. Mais évitons les raccourcis car c’est dans l’intention pédagogique des enseignants que devient possible l’acquisition des connaissances non pas dans l’outil qui ne produit aucun effet à lui seul.

Les recherches sur l’impact des TICE sur les résultats des élèves et étudiants sont unanimes : La pédagogie socio-constructiviste démontre son efficacité, l’apprentissage actif et collaboratif, le travail de groupe, l’approche par résolution de problème, l’autonomie des apprenants dans leur organisation sont les facteurs de réussite. Dans ce contexte, l’usage des TICE peut s’avérer très efficace car elles permettent aux étudiants de mener leurs recherches, de travailler ensemble, de produire des contenus …

L’enquête suisse « natifs de l’ère numérique » révèle que, pour les jeunes issus de cette génération, la Toile est foncièrement bonne et utile, et que si Internet est un élément de leur monde, leur vision est moins passionnée que certains le pensent. Le livre reste la première victime : les jeunes suisses ne lisent de livre que lorsqu’ ils n’ont pas accès à la toile. Pour cette nouvelle génération, la rapidité, l’accès instantané à la consommation et sa gratuité sont des faits acquis. D’ailleurs, de plus en plus d’acteurs de l’éducation veulent accorder dans les écoles aux logiciels libres les mêmes chances qu’aux logiciels commerciaux. L’utilisation de l’open source dans l’enseignement permet, par l’accès direct à la source, aux utilisateurs et utilisatrices de travailler avec d’autres personnes sur le même objet et de développer des projets communs.

En conclusion, l’évolution des TICE reste plus rapide que les usages et leur intégration dans les pratiques professionnelles et il semble important de ne pas perdre de vue que celles-ci doivent rester un outil au service de la pédagogie et que s’il faut bien former le corps enseignant à ces TICE, il est indispensable de travailler autant sur les méthodes pédagogiques pour que leur combinaison soit efficace. Cette proposition, qui permet d’intégrer convenablement les nouvelles technologies à l’éducation, demande un effort considérable de la part des formateurs qui devront prendre sur leur temps personnel pour réussir ce défi. En Suisse, comme ailleurs, développer l’autonomie des étudiants comme celle des professeurs dans leur apprentissage parallèlement de leurs matières et de l’usage de nouvelles technologies me paraît à la fois la solution la plus ambitieuse mais aussi la plus efficace.

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